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11 mai 2008

Droit à la Culture

Classé dans : Culture, Extrapolation, Internet, Politique, Société, Vidéoludisme — Leonerep @ 1:03

Encore un article sur les pauvres producteurs de l’industrie du contenu. Il faut dire qu’en ce moment, notamment ceux de la musique, s’illustrent particulièrement via le ministère de la culture, bientôt renommé « ministère de l’inculture et de la corruption ». Pour résumer l’affaire, on ne s’y attardera pas, les industries culturelles musicales ne veulent plus que les gens téléchargent illégalement leurs productions mais aillent plutôt acheter les albums, à la FNAC pour être plus précis (parce que le téléchargement légal, c’est moins rentable pour eux). Donc pour cela depuis quelques mois maintenant ils préparent la loi Olivennes (du nom du patron de la FNAC), renommé Hadopi - j’y reviendrais selon l’évolution du texte - qui se durcit de jour en jour avant d’être présentée au conseil de ministre, bientôt renommé le « conseil oui-oui », puis discutée au parlement, bientôt renommé « excuse démocratique », le sénat, bientôt renommé « signe là, espèce de vieux sacripant », et le conseil constitutionnel renommé, « conseil tu-peux-te-le-garder-je-m-en-cogne ». D’ailleurs je propose de renommer la France, « République démocratique de France » il n’y a pas de raison qu’il n’y est que les états dictateurs africains qui puissent bénéficier de ces particules hautement valorisantes, non mais.

Soyons directs : Télécharger illégalement de la culture ce n’est pas mal et c’est même bien, ne nous aplatissons pas devant le politiquement correct et consensuel « interdit donc mal », non, et même mieux j’encourage le téléchargement des produits de contenu culturel. Et ceci pour plusieurs raisons: Le premier point est bêtement social, et concerne l’accès aux ressources culturelles, tout le monde devrait - doit pouvoir s’informer et se cultiver sans entrave et gratuitement, pas seulement les gens aisés. Il ne faut surtout pas confondre le téléchargement avec le vol d’un objet, et la dithyrambique analogie : « on ne vole pas une voiture parce qu’elle est trop chère, donc on ne vole pas un CD parce qu’il est trop cher ». Quand on achète un CD on n’achète pas le bout de plastique à 4 centimes, (chiffre donné par la SNEP dont la justesse est à remettre en cause, les chiffres font état de 1,17 € pour les artistes, sûrement vrai pour Johnny, mais la plupart gagnent plutôt dans les 30 centimes, dixit eux-mêmes), mais le droit d’écouter son contenu, et c’est cette vente de droit d’écoute que je remets en cause, un droit et un objet, ce n’est pas la même chose. Deuxièmement, l’industrie du contenu ne souffre pas de ce téléchargement, c’est un mensonge éhonté, tout simplement parce qu’un produit téléchargé ne remplacera jamais un produit acheté, prétendre que si un contenu n’était pas téléchargé il serait acheté, est de la pure fiction que toutes les études réfutent. Alors oui je suis sûr que les industriels rêveraient que ces téléchargements fussent transformés en argent sonnant et trébuchant, comme personnellement, j’aimerais que ma vie soit celle du Roi du Maroc. Mieux encore toutes les études montrent qu’au contraire, le téléchargement booste la vente de produits dérivés. Sans compter que si le financement de la culture passe effectivement par la vente de produits dérivés ou de services associés, son fer de lance, lui, n’est pas basé sur cette vente mais l’accès à cette culture, parce que sans accès, pas de vente liée possible. Et enfin, on paye des taxes astronomiques qui justifient à elles seules largement le passage à l’acte, si ce n’est sa justification pure et simple.

Analysons le business des principaux industriels de contenu pour illustrer le propos, d’abord, ceux qui sonnent le tocsin, les industriels de la musique. Il est étonnant de constater le mensonge de cette industrie, mettant en rapport la baisse de vente de CD effective, et le piratage. Ce que ces industriels oublient de nous dire c’est la montée en flèche des offres légales qui sont pourtant loin d’être complètes et abordables. C’est d’ailleurs à mon avis un fait exprès vicieux : Le client ne va plus acheter que les morceaux de musique qu’il aime et non plus l’album entier, normal. Mais cela gène énormément les majors, qui se voient gagner 2€ pour les 2 musiques vendues au lieux de 20€ pour le CD, et encore plus les marchands FNACesque, c’est compréhensible. Sans compter que les gens n’achètent plus trop les nouveautés, leurs catalogues constitués pendant les 10-15 dernières années leur suffissent, ce qui a très largement profité à cette industrie dans le passé. Ce ne sont pas les daubes magistrales qui sortent aujourd’hui dont le packaging se résume à un bout de plastique transparent, qui donnera l’envie à l’amateur de Brel de sortir son portefeuille. On pointera surtout du doigt le modèle économique de cette industrie, à savoir, basée sur la vente de CD. Alors que la musique est avant tout un spectacle vivant, les ventes de CD étant le merchandising pour groupies, cela a toujours fonctionné comme ça, tous les groupes ont commencé comme ça, alors évidement on commence par le bar miteux du coin et pas le Zénith. Le nouvel artiste trop jeune et râleur semble oublier qu’avant d’être promulgué star de la chanson en tournée mondiale, il doit être d’abord chanteur à la sauvette employé pour égayer le bar du coin, rémunéré à la consommation du public. Ha ça oui, il n’y a jamais de métier facile, et artiste est très certainement le moins facile qui soit. L’industrie de la musique est en train de s’écrouler, principalement pour cause d’hémorragie du public - qui préfère d’autres loisirs plus abordables ou attrayants - et bientôt d’hémorragie des artistes eux-mêmes, qui quittent cette industrie pour évoluer dans d’autres modèles économiques, plus rentables pour eux. Et c’est tant mieux. Les premiers à en profiter seront les artistes et les labels indépendants pour peu qu’ils ne soient pas juste des vendeurs de disques. Certes ce ne sera plus le même modèle économique, mais je l’ai déjà souligné dans un autre article, les alternatives existent déjà et c’est moins risqué au final. Le bénéfice sera bien moins large (et encore, c’est ne pas sûr), et l’artiste devra attendre plus longtemps avant de s’acheter un château. Mais le système aura l’avantage d’être plus sain qui ne l’est aujourd’hui, où les industriels étaient persuadé que leurs clients suivraient naïvement le chemin de l’abattoir financier qu’ils avaient tracé. Finalement la masse populaire n’était pas aussi docile que le troupeau de moutons qu’ils croyaient avoir élevé.

Ensuite vient le cinéma, industrie mise à mal également par le téléchargement, mais qui arrive moins à justifier cet état de fait vu que chaque année on nous sort des records de carton international avec beaucoup de grisbi à la clef malgré le prix exorbitant des places, la fréquentation s’en sort plutôt bien - sans compter que l’industrie est généreusement subventionnée par l’état et l’Europe, et donc nos impôts. La vérité est ailleurs. En réalité, le cinéma est mis à mal par lui même, à cause du star système qu’il a créé pour vendre ses films; il a engendré une inflation du coup des films. Dur de justifier d’un coté les salaires pharaoniens des acteurs et le prix des effets spéciaux qui ont le même rôle tape-à-l’œil que le casting, puis de l’autre, ensuite venir râler qu’un film n’a pas été rentable. Et bien oui, c’est étrange, mais toute production a un risque et quand on ne sait pas gérer un budget - et que l’on fait un film de merde, ça compte aussi - on se plante, normal. Alors devant cet écroulement sur lui même, le cinéma a t’ il un avenir ? Oui, en fait, cet avenir existe déjà, les américains et leurs acteurs vedettes ne s’y sont pas trompés. C’est la série, elle aussi largement téléchargée, mais il y a un poids deux mesures, quand la série est téléchargée, elle a déjà été vendue à la chaine de diffusion, elle a déjà fait son beurre. Les industriels veulent évidement faire payer tout ça en plus, avec le droit de regard du DVD que je remets tout autant en cause que le droit d’écoute du CD. Mais là, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux- mêmes. Ils n’offrent aucun service de ce coté. Un abonnement de quelques dollars par an (ce qui serait plus que rentable pour eux) pour voir un « Dr. House » en qualité convenable, même sous-titré (surtout, sous-titré), beaucoup de gens signeraient, moi le premier, ou simplement en répétant le processus de diffusion télévisuel avec pub, en ligne. Le film tel que l’on connait ne mourra pas pour autant, mais il faudra qu’il s’interroge sérieusement dans la manière dont il est diffusé (quoique d’après les chiffres, il mettra du temps à s’en aller). Méthode qui a plus de cent ans tout de même, autant d’inertie aurait déjà tué plus d’une entreprise traditionnelle depuis longtemps.

Enfin, mon préféré : le jeux vidéo, alors cette industrie est très étrange, d’une part il faut rappeler qu’elle génère plus d’argent et touche plus de gens que les deux autres industries, il faut rappeler aussi que c’est l’industrie la plus touchée par le téléchargement et de très très loin, et pis encore, tout cela depuis son origine (ce qui n’était pas le cas pour les deux autres - on s’en doute). Mais surtout c’est la seule qui ne se plaint jamais de cet état de fait ! Il faut dire que c’est assez dur de se plaindre après s’être vanté d’une progression de plus de 20 % chaque année, c’est assez dur aussi de pointer le téléchargement comme bouc émissaire comme cause d’écroulement, l’industrie ayant déjà par le passé essuyé un lourd échec alors que le téléchargement n’était pas vraiment à l’ordre du jour. Elle a du se remettre en cause faute de d’excuses vaguement valables sous la main. Alors évidement on a toujours des concepteurs qui pointent du doigt ce problème quand les discutions tournent autour de ce sujet. Sauf que ce qui est pointé « vraiment » du doigt c’est surtout le coup de développement (chose que le cinéma se refuse à faire). C’est-à-dire que le business plan du jeu vidéo prend en compte le piratage (évidement, cela existe depuis sa création), sait d’une part qu’il ne peut l’endiguer, d’autre part que le manque à gagner est factice (un jeu piraté, ne sera jamais un jeu acheté s’il ne l’était pas). Il prend finalement conscience qu’il y a une limite critique de clients prêts à acheter leurs produits, et c’est cela qu’ils mettent en relation avec le coup des productions qui enflent à vue d’œil. Conscient de ce problème, cette industrie, au lieu de promulguer des lois liberticides comme certaines, change son produit et son approche commerciale. Ils vont, dans leurs développements, inclure des services quasiment impossibles à détourner, des services en ligne plus exactement. L’effet direct est simple, non seulement le développeur vend des jeux, mais en plus il profite du téléchargement illicite du jeu, en effet le joueur n’aura finalement qu’une moitié du produit, comme une accroche, et devra acheter le jeu s’il veut le jeu entier. « C’est tout bénef ». Il faut aussi compter que le jeu vidéo se remet en question très souvent, et l’avenir de celui-ci est tout déjà tracé et connu par les industriels. C’est simplement le jeu gratuit, avec un système économique tournant autour de l’achat de parties de jeu en plus via le micro-payement comme l’utilise énormément le mmorpg, guitar hero et ses musiques en plus, sam & max sous forme d’épisodes très abordables (voir gratuit pour les plus vieux), ou utilise des business modèle plus expérimentaux ou encore vend du matériel spécifique, la guitare de guitar hero, le wii fit de nintendo, etc… . Bref, s’il y a une industrie qui se fout royalement du piratage c’est bien celle du jeu vidéo. Il sait comment le contourner, notamment via le circuit fermé des consoles, il sait comment s’en servir, comment évoluer avec cet état de fait. C’est finalement assez ironique de constater que c’est l’industrie de contenu culturel la plus jeune qui a finalement l’approche commerciale la plus mature, et c’est finalement assez logique que les gens se tournent de plus en plus vers ce médium, plus en phase avec son temps.

Pour conclure, je réitère, et je promulgue même ce droit à la culture, au téléchargement de celle-ci que ce soit illégal ou pas, oui, c’est de la désobéissance civique pure et simple. La culture n’en mourra pas, au contraire elle se diversifiera, la culture et l’accès à celle-ci, ne pourrait en aucun cas être vendue, c’est une atteinte à un droit fondamental de l’être humain, celui de la connaissance et du savoir. Ce sont les modèles économiques qui existent déjà et qui se développent intelligemment en prenant en compte ce principe qui en sortiront gagnants, et avec, cerise sur le gâteau, l’approbation du public qui ne demande qu’à donner de son argent pour bénéficier encore plus de services et de produits (qui là, seraient clairement des objets de qualité, et plus un droit d’accès) autour de cette culture distribuée gratuitement. Au lieu de taper sur les gens qui téléchargent les contenus dont le but est finalement somme toute de s’informer, que l’état se concentre plutôt sur les réels contrefacteurs, à savoir, ceux qui revendent contre de l’argent, le même contenu. Dans ce cas, et seulement celui-ci, la copie est très susceptible d’être un vrai manque à gagner pour les vendeurs d’origines.

« Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient - le mot n’est pas trop vaste - au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous »

Victor Hugo, Discours d’ouverture du Congrès littéraire international, 17 juin 1878. Sur ce, bon téléchargement.

7 commentaires »

  1. Très intéressant, bien argumenté, bien construit. Bravo, ça résume pleins de choses que j’avais en vrac dans ma tête, et j’en ai appris de bonnes également. Merci, continue.

    Commentaire par KaLeXo — 22 mai 2008 @ 3:45

  2. Excellent article !

    Commentaire par tlecoz — 29 juin 2008 @ 10:20

  3. Comme d’hab : très bon article qui a pour qualité essentielle, comme tes autres articles, d’exprimer clairement et sans retenue des vérités que beaucoup ont en tête.
    Tu écris très bien, et tu t’améliores sur l’orthographe ! :P
    Continue !

    Et pour que tu prennes pas la grosse tête, ce qui rendrait tes futures articles aussi aseptisés qu’une clim dans un aéroport : C’est deuu la Merdeuuuuu !!!!!!

    Commentaire par dada — 8 juillet 2008 @ 3:04

  4. Bonjour,

    Quelques réflexions inspirées par votre article :

    “Soyons directs : Télécharger illégalement de la culture ce n’est pas mal et c’est même bien, ne nous aplatissons pas devant le politiquement correct et consensuel « interdit donc mal », non, et même mieux j’encourage le téléchargement des produits de contenu culturel.”

    Bien et mal ressortent de la morale et l’interdiction de télécharger de la Justice. La justice n’est pas toujours le reflet de la morale, surtout en des temps où justement la morale tend à s’estomper au profit de la jouissance individuelle, de l’individu tout-puissant, surtout dans ses pulsions et instincts les plus primaires. Personne ne dit que ce qui est interdit est mal, même si les deux notions se rejoignent parfois, en morale justement (les tabous, celui de l’inceste par exemple)

    “Le premier point est bêtement social, et concerne l’accès aux ressources culturelles, tout le monde devrait - doit pouvoir s’informer et se cultiver sans entrave et gratuitement, pas seulement les gens aisés.”

    Le rapprochement entre les produits de consommation que sont devenus la musique et le cinéma et le fait de “se cultiver” me paraît pour le moins tirée par les cheveux. Quant à l’accès à tous aux “ressources culturelles” (je n’entre pas dans un débat sur ce que sont ces ressources), il existe des bibliothèques, des médiathèques, des cinémathèques, des maisons de la culture, des MJC, etc., justement dédiées à cela. Peut-être que l’auteur a-t-il oublié de rajouter “sans bouger mon cul de feignasse de ma chambre puante” après “accès aux ressources culturelles”…

    “Quand on achète un CD on n’achète pas le bout de plastique à 4 centimes, […] mais le droit d’écouter son contenu, et c’est cette vente de droit d’écoute que je remets en cause, un droit et un objet, ce n’est pas la même chose”

    1/ le droit d’écouter peut être gratuit, cela s’appelle le streaming.
    2/ on paye également en achetant ce CD le travail des artistes, des ingénieurs du son, des instrumentistes, des choristes, etc. Le fait que des intermédiaires vérolés, cupides, avides et sans scrupules (les majors) profitent de leur position dominante, c’est un problème et un combat différents. Quand tu achètes une tomate chez Leclerc, tu payes le producteur de la tomate mais également la marge de Leclerc, qui a fait pression sur le producteur pour que le prix qu’il achète la tomate soit le plus bas possible. Mais la tomate est un bien matériel, pas la musique ni le cinéma, qui sont dématérialisables. L’auteur mettrait-il en ligne sur un site de peer-to-peer sa tomate s’il pouvait à la fois la consommer et la faire consommer à ses potes? Et téléchargerait-il une courgette, une aubergine et des oignons pour se faire une ratatouille?

    “Deuxièmement, l’industrie du contenu ne souffre pas de ce téléchargement, c’est un mensonge éhonté, tout simplement parce qu’un produit téléchargé ne remplacera jamais un produit acheté, prétendre que si un contenu n’était pas téléchargé il serait acheté, est de la pure fiction que toutes les études réfutent.”

    Quelles études? Quand on est sérieux, on cite ses sources… L’industrie musicale va mal et licencie, c’est un fait. Après, c’est peut-être bien fait pour sa gueule, c’est un autre débat. Mais si un même produit est proposé gratuitement et de façon payante, je veux bien faire des études pour savoir ce que choisirait la majorité de la population…

    “Et enfin, on paye des taxes astronomiques qui justifient à elles seules largement le passage à l’acte, si ce n’est sa justification pure et simple.”

    Wouaw ! Quel argument ! Je paye des impôts astronomiques qui justifient que je ne paye pas mon électricité (fournie par le Service Public). Et que je vole mes timbres. Et un camion de pompiers aussi si j’en ai envie.

    “On pointera surtout du doigt le modèle économique de cette industrie, à savoir, basée sur la vente de CD. Alors que la musique est avant tout un spectacle vivant”

    Oui, les maisons de disque vendent des disques, et alors?… Pourquoi le pointer du doigt? Et si la musique est pour l’auteur “avant tout un spectacle vivant”, qu’il aille voir des concerts! Quel besoin a-t-il dans ce cas-là de télécharger et de stocker des morceaux dans son disque dur?

    “L’industrie de la musique est en train de s’écrouler, principalement pour cause d’hémorragie du public - qui préfère d’autres loisirs plus abordables ou attrayants”

    “Loisirs” ?!!! Je croyait que c’était de la “ressource culturelle”…

    “mais il y a un poids deux mesures, quand la série est téléchargée, elle a déjà été vendue à la chaine de diffusion, elle a déjà fait son beurre.”

    Et alors? Quand tu achètes un CD à la FNAC, la major a déjà fait son beurre puisqu’elle vend à la FNAC. Quand tu achètes du Coca à l’épicerie, Coca a déjà fait son beurre puisqu’il vend à un grossiste qui lui-même vend à l’épicier. Ce n’est pas une raison pour voler l’épicier. Et puis les producteurs incluent dans leurs budget les recettes de vente des DVD. Plus ils feront de profit, plus ils investiront dans la qualité de la série. Après, je suis d’accord avec le fait que des mécanismes pervers (starification, volonté de faire des profits de plus en plus gros) soient à l’oeuvre dans ces industries de loisir “culturels”. Mais dans ce cas c’est le système capitaliste ultra-libéral qu’il faut combattre, pas seulement les majors. Il y a des batailles beaucoup plus importantes que celles du téléchargement à mener. Et une logique à respecter au quotidien: comment l’auteur de cet article consomme-t-il? Qu’achète-t-il? A qui? Selon quels critères? Commerce équitable? Vêtements de marque? Gadgets technologiques?

    “Pour conclure, je réitère, et je promulgue même ce droit à la culture, au téléchargement de celle-ci que ce soit illégal ou pas, oui, c’est de la désobéissance civique pure et simple […] La culture n’en mourra pas, au contraire elle se diversifiera, la culture et l’accès à celle-ci, ne pourrait en aucun cas être vendue, c’est une atteinte à un droit fondamental de l’être humain, celui de la connaissance et du savoir”

    “droit à la culture”… “droit à la connaissance et au savoir” Quelques lignes plus haut, c’était du loisir (les jeux vidéo, de la culture?… Lorie, de la connaisance? “Camping”, du savoir ?) Beaucoup de sueur et d’approximations juste pour nous dire que c’est plus simple de télécharger que de bouger son cul jusqu’à une médiathèque, et que c’est plus cool parce qu’au moins ça ne coûte rien. Après, c’est plus satisfaisant pour l’ego de croire qu’on fait de la désobéissance civique plutôt que de la rapine. Mais la désobéissance civique, petit bonhomme, c’est d’aller faucher des champs de plantations OGM, c’est fumer dans les lieux publics, c’est manifester contre la mort de la sécu, la privatisation d’EDF, de la SNCF, de la Poste, c’est empêcher les goudronneurs de construire des autoroutes au mépris de l’éco-système, c’est arraisonner les bâteaux de pêche industrielle qui ne respectant pas les quotas, etc.

    “Au lieu de taper sur les gens qui téléchargent les contenus dont le but est finalement somme toute de s’informer”

    Et on finit sur une petite note de mauvaise foi… Télécharger un album, dans le but de s’informer?… Télécharger un jeu vidéo dans le but de s’informer?… Pour s’informer, pour de vrai, il y a la presse, des revues, faites par des gens qui bossent, qui cherchent, qui pensent, qui critiquent, et cela à un coût. Mais je suppose que pour son complément d’information sur l’état du monde et de la société, notre petit bonhomme lit “20 minutes” et “Métro”… Des torchons gratuits… Fabriqués par Lagardère (marchand d’armes) et Bolloré (marchand de soupe). Bonne nuit, petit bonhomme…

    Commentaire par warren harel — 12 juillet 2008 @ 8:28

  5. Yeah ! j’en ai péché un gros ! Et qui écris avec plein de mots !

    “il existe des bibliothèques, des médiathèques, des cinémathèques”

    Tous le monde n’a pas accès à la bibliothèque national de Lyon de plusieurs hectare de surface qui contient cela dit que quelques centaines de millier de bouquins, soit beaucoup moins que peut en contenir n’importe quel petit disque dur de 1 x 12 x 7 cm. C’est d’ailleurs pour cela que tout ne se trouve pas dans une bibliothèque, et se trouve relativement lentement.

    “sans bouger mon cul de feignasse de ma chambre puante”

    Je suis sur que ceux qui n’habitent pas dans les grand villes munie d’une grasse bibliothèque apprécierons la métaphore, et iront illico-presto cramer quelques litres d’essences pour aller chercher leur bouquins après leur travail, à moins que ce soit fermé, mais il est vrai qu’il faut choisir, soit on travaille, soit on se cultive !

    Internet permet certes la facilité, mais aussi le choix, et la rapidité de celui ci. L’immobilisme de ce type de consommation n’a jamais empêcher les gens d’allé au cinéma, dans des concerts, théâtres et autre manifestations culturelles en tout genre.

    “[…] Quand tu achètes une tomate chez Leclerc […]”

    Comparer la culture et une tomate… C’est beau ces métaphores qui parle bien à la France d’en bas, “oh ben oui vindiou c’est que c’est sacrément pareil” (faut le prononcer avec l’accent paysan).
    Je crois que placer une comparaison de ce type est bien dangereuse, et aucun artiste digne de ce nom s’y risqueraient, mettre cette création au rang de produit de consommation dénaturerais tout simplement le sacré de l’acte. Que les industriels le fassent est une chose, mais je suis pas sur que l’artiste soit ravis de comparer sa création à une tomate. Nous sommes bien la dans un discours de marchant…

    “Quelles études? Quand on est sérieux, on cite ses sources…”

    Avec un petit peu de curiosité tu serais allé sur un de mes anciens articles (que j’ai lié une ou deux fois sur cet article) qui lie à son tour deux études, l’une commandé par le gouvernement canadien, l’autre étant une recherche universitaire, je te souhaite bonne lecture. Avec beaucoup de curiosité google te les aurais servis sur un plateau - hé je suis pas journaliste après tout, à chacun de faire un effort d’information. Grosso modo sur toutes les études que j’ai lu sur le sujet il en ressort la chose suivante : celui qui télécharge le plus est celui qui achète le plus. Et l’impacte du piratage n’est pas significatif sur la baisse des ventes de CD (car ce n’est que ce secteur qui est touché, pas les autres secteurs musicaux), l’étude la plus alarmiste à ce sujet sur cet impacte précise qu’elle se fait sur 20% des pertes totales maximum… Tient ou sont passé les 80 % restant ?

    “Mais dans ce cas c’est le système capitaliste ultra-libéral qu’il faut combattre, pas seulement les majors.”

    Aussi peu de réflexion est consternant, les systèmes appliqués par les majors est tout sauf libéral, bien au contraire, leur but étant de garder à tout prix leur chasse gardée envers et contre tous. Un système libéral tel que le permet internet par exemple est le danger qu’elles veulent à tout prix endiguer, car internet élargie l’offre et surtout les manières d’offrir, mySpace doit mourir !

    “[…] Bonne nuit, petit bonhomme…”
    Je me permet de zapper le reste qui est le ramassis de discours suranné des défenseurs d’une culture à tiroir caisse mainte fois débattu et qui de toute façon zappe dans son autisme les arguments clefs de l’article avec négligence en ne relevant que certaines citations dénués de sens sans son contexte et les hissent comme argument, ou en mélangeant habilement quelques expressions pour ne les prendre qu’au premier degrés. Tu avoueras que c’est de bonne guerre que je le fasse à mon tour. Avec le beau point d’orgue de cette dernière phrase qui souligne un petit peu l’arrogance de genre ce discours, et de son auteur qui se permet de juger en outre ce qui est de la culture et ce qui ne l’est pas.
    Tu sera surpris d’apprendre que toute création de l’esprit fait partit de la culture que tu le veuilles ou non, et que la culture ne sert que celui qui la reçois si l’en fais quelque chose. Que tu juges Lorie ou Camping daubesque - avis que je rejoins - est une chose, que tu prétendes que personne ne puisse s’en servir comme nourriture intellectuelle parce que toi tu ne t’en sert pas, est d’une arrogance et d’une prétention sans nom.

    Alors maintenant, je vais être plus clair : Ces industries “culturelles” n’ont pas le choix. Soit elles changent, soit elles meurent. On ne lutte pas contre une révolution industrielle, sinon elle vous écrase. Parce que qu’elles ne peuvent pas foutre tout ses clients en prison, parce qu’elle ne peuvent obliger personne à acheter ses produits, parce qu’elles ne peuvent endiguer le partage de la culture, parce que ce dernier va devenir exponentiel.
    Ce n’est pas les gens qui en mourront, ce n’est pas l’internet - outil très flexible - qui en pâtira, ce n’est pas la création - immortelle en soit - qui fléchira, mais les industries qui profitent du système actuel.
    je comprends qu’elles ont tout intérêt à le maintenir, à n’importe quel prix, même celui de taper sur ses propres clients, même celui de corrompre internet jusqu’à ce qu’il devienne insaisissable même pour des crimes graves, même celui de donner par la loi des outils tout à fait adéquat pour servir une dictature.

    Le risque du combat que ces industries mène est que cela fasse totalement l’inverse, que ces oligopoles affaiblis et agressifs plient sous le poids d’autre grossissant et n’ayant que peu d’estime pour le droit d’auteur qui les dérangent (google et co), et risquent simplement et purement de tuer le droit d’auteur. En vérité, je le dis, les industries ont tout intérêts à aménager le droit d’auteur et se plier à ce droit à la cultures, plutôt que de tout perdre, et ce à moyen terme.

    Car finalement quel est le but de ta réaction ? dire que j’ai tord ? pauvre objectif… dire qu’il faut protéger la création ? Mais de quoi ? l’industrie se base sur la création pas l’inverse, si l’industrie meurt, la création reste ! Défendre un modèle économique obsolète tenu par des gens qui exploitent les artistes ? Un peu réactionnaire pour un faucheur de champ d’ogm… Protéger les artistes ? Il ont déjà des alternatives plus alléchantes économiquement que le système actuel tout en respectant ce droit à la culture… Je suis très dubitatif… Dans ce discours, mon intérêt est de permettre la libre circulation de la culture, qui se diversifiera et limitera l’imposition des produits de toute pièce, d’une part, et rendra les gens plus cultivé et donc plus réfléchis. Mais toi, quel est ton intérêt dans tout cela ?
    Et mieux, encore, moi qui suis un petit bonhomme, je soutient une voie de sortie, pas très farfelue, elle fait ses preuves tout les jours, pas très risquée non plus, puisqu’elle va dans le sens du courant. Toi tu proposes quelle voie ? C’est bien beau de dire à tout crin “faut pas faire ça” mais en soit, c’est stérile (et très français), restons dans notre immobilisme fracassant ? C’est cela que tu proposes ?

    “c’est manifester contre la mort de la sécu”
    Un dernier point cependant sur ces remarques déplacées sur ce qu’est la désobéissance, et qui par la même occasion met allègrement au rencard l’importance de la culture d’un revers de phrase au profit de privilège certes chèrement acquis, mais qui ne relève que d’un système de société et pas de la création humaine. Encore des comparaisons nauséabondes de bas étage qui montre bien que les plus fervent défenseur du système culturel actuel sont également ceux qui sont les plus prompt à fouler du pied cette culture. C’est triste.

    Commentaire par Leonerep — 12 juillet 2008 @ 9:29

  6. Cher “petit bonhomme”,

    Nous sommes entrés, par ma faute j’en conviens, dans une discussion stérile - même si sympathique - car à base d’invectives et de coup-pour-coup.
    Je me propose donc d’y mettre le holà et d’éclaircir mon propos.
    Je trouve très sympathiques et touchants vos efforts pour tenter d’articuler une pensée cohérente et construite visant à légitimer votre côté hors-la-loi. J’aime bien les hors-la-loi, quand ils volent aux riches pour donner aux pauvres, quand leurs forfaits sont commis au nom de principes transcendants et non de l’individualisme le plus primaire.
    En plus, dans le fond, nous sommes d’accord, d’autant plus d’accord que je sais le cynisme de l’industrie musicale pour avoir été grassement payé par elle pendant des années.
    Ce que je vous reproche, au fond, ce n’est pas d’être un voleur de droit d’auteur (système très critiquable tel qu’il est appliqué en France, je vous l’accorde, mais c’est la loi, même si cette loi est une construction historique fruit du lobbying de groupes de pression peu recommandables et non une donnée naturelle et qui-va-de-soi) mais de tout mélanger. la culture, les loisirs, le savoir, les produits, les oeuvres, les supports, les intermédiaires, les artistes, les consommateurs, leurs motivations, vos envies, etc. Car voyez-vous jeune padawan, quand on veut combattre de puissantes forces, il faut être très précis sur les mots et les concepts.
    Par exemple, je parle de “capitalisme ultra-libéral” et vous me contrez sur le “libéralisme”. Ce sont deux notions non seulement différentes mais même quasiment antagonistes. Car effectivement le capitalisme ultra-libéral est concentrationnaire, élitiste, liberticide, tout le contraire de la PHILOSOPHIE libérale.
    Croyez-moi, j’ai beaucoup beaucoup travaillé sur la notion de “culture”, d’artiste, d’oeuvre. mon but n’est pas de vous servir un blah blah théorique, ni de vous agonir de références, et je reconnais que j’ai été extrêmement stupidement condescendant dans certains passages de mon commentaire, je vous prie de m’en excuser.
    Mais de grâce ne mélangez par par exemple “culture” et “loisirs” ou “oeuvre d’art” et “produit culturel”, vous donnez des armes ainsi à vos ennemis. Je fais mon pédant une dernière fois et je vous laisse : George Steiner, “Dans le château de Barbe-Bleue”, petit essai formidable sur notre sujet.

    Au plaisir,

    WH

    Commentaire par warren harel — 12 juillet 2008 @ 11:56

  7. Ha mince, moi qui attendais une réponse lapidaire et voulais faire ce méa-coulpa, je suis bien feinté >__<.

    Pour ce qui est du hors la loi, il faut comprendre aussi un peu le cynisme de ma part, évidement, télécharger et défoncer des barricades n’est pas la même prise de risque. Nous n’en sommes pas encore la, j’aurais tendance à dire : “bien heureusement”. Mais cela a de l’influence, et il ne faut pas bouder ce plaisir, nous forceront les barricades si les lois passent et qu’elle sont utilisées au mauvais escient qu’elles semblent préparer.

    Le discours sur l’art, la culture, les loisirs ne peut être à mon avis que flou, car les productions qui en sont issues s’affalent sur tout les plans. Pour exemple assez simple, on peut prendre les domaines du cinéma et du jeux vidéo, qui on pour origine une démarche tout ce qu’il y a de plus lucrative de divertissement sans autre forme de procès. Il faut néanmoins convenir que ce sont des médias dont des artistes se sont emparés très vite, si ce n’est dés le début et qui produisent des œuvres artistiques, qui sont tout aussi divertissantes que rentables, qui influencent largement la population et donc culturelles pour le moins.
    Je donne effectivement des armes à ces industrielles. Mais par honnêteté intellectuelle, je ne peux certainement pas les contredire s’ils proclament que Lorie fait partie de la culture. Je ne peux que leur donner raison, même si je doit en serrer les fesses tout en rêvant que la culture se porterait mieux si cela n’avait jamais exister. Pour ma part je ne peux que dire, “oui MAIS il n’y a pas que cela !”
    Pour ce qui est de l’art a proprement parlé, c’est pour moi une expression qui n’est utilisé par des manchots intellectuels pour désigné ce qu’ils ne comprennent ou plutôt ne veulent pas comprendre, à ce moment la on dit “c’est de l’art”, on aurais pus dire que ce n’était pas une pipe. Mais je ne vais pas non plus trop théorisé la dessus, peut être ferais je un article sur le sujet.

    Pour finir sur le “capitalisme ultra-libéral” il est vrai que je suis absolument étranger à ce genre de vocable qui est pour moi une sorte rebut grammatical de ce que j’appelle le gauchisme mal dégrossis plus prompt à brandir des épouvantails grâce à des amalgames que de proposer des alternatives à ces phénomènes qui les inquiètes. Car si l’expression est d’après vous antinomique avec le libéralisme, elle est plutôt mal choisie, je trouve, enfin j’aurais plutôt appeler ça le capitalisme conservato-réactionnaire (ça ça fait flipper !)…

    Sur ce je vais m’en lire l’essai proposé (partager sa culture est tout sauf pédant).

    Commentaire par Leonerep — 13 juillet 2008 @ 1:33

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